Conception-rédaction : des vers dans les slogans

En publicité, en traduction et même en littérature, on n’écrit plus en vers, me direz-vous. Pourtant, les slogans regorgent de figures de style, comme la rime (Vahiné, c’est gonflé !) ou encore l’allitération (T’es passé chez Sosh ?). Alexandrins et octosyllabes sont-ils délaissés au profit d’une prose plus directe ? Eh bien, pas vraiment : voici quelques exemples qui vous prouveront le contraire.

Des slogans en alexandrins

Je me suis livré à un petit exercice : j’ai analysé quelques slogans connus extraits d’une liste de 100 slogans glanée au hasard des Internets. Commençons par le premier.

Beaucoup se souviennent du slogan de la bière Kronenbourg 1664* :

Seize cent soixante-quatre. Quatre chiffres. Une bière.

Il est difficile à déceler, mais celui-ci cache un alexandrin avec césure à l’hémistiche.

Seize cent soixante-quatre
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Quatre chiffres. Une bière.
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Un jour de grande inspiration, le tourmenté Charles Baudelaire aurait pu écrire un slogan du type :

Seize cent soixante-quatre sonne comme une prière
Aujourd’hui comme demain donnez-moi une bière.

Prenons le cas de Peugeot : depuis plusieurs années, le constructeur qui avait sorti ses griffes dans les années 80 les a soigneusement rentrées. Aujourd’hui, place à l’hédonisme :

Pour que l’automobile reste toujours un plaisir.

Cramponnez-vous : c’est aussi un alexandrin. Sur le même thème, Alphonse de Lamartine l’aurait certainement tourné autrement, du style :

Ô moteur ! Tu fends l’air ! Réveille le plaisir
Qui sommeille en ma chair.

Enfin, citons le célèbre Des pâtes, des pâtes, oui mais des Panzani ! : encore un vers de douze pieds, avec répétition et assonance en i.

Des slogans en octosyllabes

Lorsque le concepteur-rédacteur fait tenir un slogan sur huit syllabes seulement, c’est plus sportif… mais aussi plus adapté à la publicité. Extraits de listes retrouvées sur le Web, il y a notamment :

– Si c’est d’Aucy, j’y vais aussi.
On remarquera l’allitération, l’antanaclase, l’assonance et la construction en octosyllabe avec césure centrale.

– Il a Free, il a tout compris.
Une anaphore… et toujours un octosyllabe avec changement de rythme.

Qu’en aurait pensé Paul Verlaine ? Question absurde : personne ne le saura jamais.

Mais peut-être pouvons-nous imaginer ?
– Seul d’Aucy flatte mon envie.
– Free est grand, je suis si petit.

À bientôt !

M.T.

* À consommer avec modération