Mieux vaut ne pas oublier le droit d’auteur

Dans un article paru le 28 avril 2014, Milo Yiannopoulos, fondateur de Kernel et blogueur invité sur TechCrunch, raconte comment il aura suffi de 4 heures pour qu’une bonne idée de startup sur le papier se transforme en désastre numérique après sa mise en ligne. Et pour cause : ses fondateurs avaient « oublié » que le principe même de leur outil, qui proposait l’agrégation de contenus issus d’articles de divers magazines et publications, bafouait le droit d’auteur.

Une belle idée sur le papier

Le concept : personalpaper.me, mis en ligne jeudi dernier, promettait une nouvelle fonctionnalité intéressante. La startup proposait à l’utilisateur, après saisie de quelques URL de sites d’information, blogs ou autres, de mettre en page un à un et sous forme de journal les articles que l’utilisateur n’aurait jamais pris le temps de lire sinon. Le résultat pouvait être téléchargé et imprimé selon convenance, le tout pour 2$ (un peu moins d’1,5€). À l’origine du projet, l’agence Ustwo, celle qui avait créé le jeu eu ligne Monument Valley, proposait même une version sans publicité.

Curieusement, peu après le lancement du site, l’agence semblait avant toute chose ne rien vouloir avoir à faire avec les créateurs de personalpaper.me, avec l’argument « Ce n’est pas un produit Ustwo ». Après qu’une bonne partie des employés de l’agence et un de ses fondateurs ont twitté sans relâche combien ils étaient heureux du lancement de personalpaper.me, le créateur a curieusement fait état du fait qu’il s’agissait d’un projet personnel avant tout, ce dès le départ. Curieux, non ? Mais pourquoi tant de haine au royaume d’internet ?

Qu’est-ce que le droit d’auteur ?

Je me permets une petite digression mais je ne vais pas vous la faire longue sur le droit d’auteur. Vous en connaissez – à mon avis – déjà un rayon. Il vous suffit d’écouter un peu de musique sur Youtube, pour que vous vous dites « Ah oui ce morceau est pas mal ! » mais, horreur et visage déconfit : impossible de l’écouter/visionner la vidéo depuis votre poste car sa rediffusion enfreint les droits d’auteurs. C’est comme ça : depuis l’image (films, documentaires, photos) jusqu’aux chansons (musique, paroles), les rédacteurs n’échappent pas à la règle. Qu’on soit romancier, journaliste ou copywriter, le travail produit, à savoir le contenu proprement dit, est soumis à droits d’auteur. Ce qui veut dire qu’on ne peut pas impunément repomper, recopier mot pour mot un contenu pour l’utiliser dans un autre cadre.

Aujourd’hui par exemple, je reproduis l’article en anglais de TechCrunch pour en traduire des parties et en prenant soin d’en avertir l’auteur qui m’a d’ailleurs donné son accord. Cependant, si vous voulez faire un rapide tour d’horizon de la question du droit d’auteur, je vous suggère de cliquer ici.

Le fin mot de l’histoire

La digression finie, deux éléments ont causé l’arrêt temporaire de personalpaper.me : d’un côté, le site acceptait les payements mais ne proposait ni conditions générales de vente, ni déclaration de protection des données personnelles. Il n’y avait pas non plus de moyen de contacter les créateurs directement. De l’autre côté, vous l’avez compris : l’esprit de la Silicon Valley a de plus en plus tendance à s’appuyer sur l’argument de la créativité pour tailler dans la masse le marché des contenus et du texte.

Ainsi, il est de bon ton de penser que ces derniers peuvent être achetées sur des plateformes, qui, en parallèle, en galvaudent la qualité. Le phénomène se retrouve surtout sur internet. Ce point de vue vole en éclats dès que les détenteurs des droits se manifestent ou que les donneurs d’ordres réalisent combien coûtent, au bout du compte, les droits d’auteur. On pourra brandir l’idée que, peut-être, les créateurs de personalpaper.me ne pensaient pas à mal et qu’ils étaient animés d’un bon sentiment. Certes. Mais au bout du compte, l’innocence et la naïveté sont de bien maigres excuses dans cet univers pour priver les auteurs de droits qui leur sont dus.

La Silicon Valley ne doit pas scier la branche sur laquelle elle est assise : rester modeste et réfléchir avant de mener un projet à son terme est la bonne solution, au lieu de tester tous les moyens possibles pour faire de l’argent rapidement à tout prix.

Si je passais mon temps à piquer le code de Microsoft ou les images d’Apple, ma témérité ferait long feu.

Rédigé et traduit en partie de l’anglais par M.T.

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> Retrouvez l’article intégral en anglais sur TechCrunch
> Profil twitter et site web de Milo Yiannopoulos