Quand la pub devient un cri

Comme moi, vous avez peut-être remarqué que certaines campagnes de publicité se réduisent au plus simple : un cri. Que doit-on y lire ? Un cri de détresse de concepteurs-rédacteurs muselés dans leur créativité ? Une mode passagère qui glorifie le langage dans son plus simple appareil, presque bestial ?

Oh ! Ouh ! Ah !

En remontant dans le temps, on se souvient que les années 80 avaient déjà savonné la planche : la publicité pour la peinture Novemail avec le bruit de la tête de l’acteur qui tape contre le pot de peinture en métal alors que la voix off disait « Novemail, aïe aïe aïe ! » (cf. archive INA) – ou encore du célèbre cachou Lajaunie, son déhanché et son cri « Han han » (cf. cette autre archive INA).

Cependant, ces initiatives restaient des cas isolés et n’ont pas fait école – du moins pas que je me le rappelle*. En tous cas, pas comme le veut la mode actuelle qui touche tous les annonceurs, avec une petite différence de cri selon le cœur de cible.

L’Homme moderne n’est qu’un cri

L’arrivée en force de Zalando en France (en Allemagne aussi, d’ailleurs) s’est faite avec leur campagne de pub basée sur des jeunes femmes qui hurlent de façon hystérique à la réception des chaussures qu’elles avaient commandées chez l’annonceur (campagne de pub « Hurlez de plaisir », localisée dans les deux langues avec le même thème, ici en français – pour la Belgique – et en allemand).

Si ce type de réaction joue sur les stéréotypes de genre dans la pub (par exemple selon lequel « les femmes raffolent des chaussures »), on peut se demander quelle mouche a soudain piqué les concepteurs-rédacteurs. En effet, ces derniers se sont mis à décliner ces supposés cris de joie à toutes les sauces, du soupir de soulagement à l’interjection d’étonnement, et dans toutes les bouches, de l’enfant qui ne tient pas en place au père de famille qui cherche une nouvelle voiture.

En plus, cette mode du cri dans la pub est interculturelle – jugez plutôt :

– Chez la Deutsche Bahn, compagnie nationale de chemin de fer allemande :

Pub pour deutsche Bahn en print dans les rues de Berlin
Avec la Deutsche Bahn, l’enfant turbulent pousse enfin des cris d’émerveillement.

– Chez Opel :

Pub – Campagne Opel Oh!
Oooooh pel !

– Toujours Opel :

Stereotexte – pub Opel en allemand sur Skype
Le seul cri que je pousse, c’est en retrouvant Opel même sur skype.

– Chez les géants de la VPC Made in France, tel Vert Baudet, qui s’y mettent aussi :

Stereotexte – Les jours "oh !" de Vert Baudet
Vert Baudet et sa campagne e-mailing « les jours oh ! ».

– Et même chez eBay :

Stereotexte – campagne eBay WOW !
Wow, eBay existe encore ? Je sors.

… je m’arrête là, mais les exemples sont légion. Rien que dans le domaine du tourisme/voyage en ligne, vous avez VOUS AUSSI vu passer une offre Wahou ! ou Wow ! Avouez !

Le dernier cri ?

Je dois me rendre à l’évidence : quand je parlais de campagnes de pub « dernier cri », je ne m’attendais pas un jour à ce que la signification soit à prendre autant au pied de la lettre.

Alors, qu’en penser ? Cette mode soudaine est-elle le signe que l’inspiration qui produit les slogans de la publicité print s’essouffle et se réduit à un cri, si primal soit-il ?

Veut-on nous faire croire qu’après plusieurs millénaires d’évolution, au début était le verbe, à la fin sera le cri ?

Tenez je suis sûr que vous aussi, vous avez un exemple de campagne – récente ou ancienne – qui tient dans un cri.

En attendant, je vais siroter une Budweiser**… WAZAAAAA !

M.T.

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* Note : ceci dit vos contributions à ce sujet seront les bienvenues.
** À consommer avec modération !