Les places de marché pour copywriters : le grand test

Comment trouver des clients quand on est copywriter à son compte ? Monter son entreprise, c’est bien, trouver des partenaires commerciaux est une autre limonade. Heureusement, le ouèbe 2.0 vient à notre rescousse et propose une myriade de bourses de freelance. Des offres dans le domaine du développement, du graphisme, et de la rédaction en ligne, copywriting et localisation… Pendant 3 mois, j’ai testé les 10 plateformes les plus courues pour les copywriters, listé leurs avantages et leurs inconvénients selon une notation arbitraire et personnelle, axée prestataire. Au bout du compte, les meilleures ne sont pas toujours celles auxquelles on pense…

1 – http://www.creads.fr/

Creads ou l'économie participative

Creads ou l’économie participative


Creads
se définit comme une agence participative et non comme une bourse de freelances. Les donneurs d’ordre déposent des briefings détaillés et leur date limite, les freelances qui le souhaitent livrent leur création finale (logo, nom, stratégie). Ensuite, le prestataire choisit avec quel partenaire il va travailler.

L’inconvénient se fait vite sentir : comment assurer la paternité de votre création ? La question a été soulevée par un collectif de créatifs  en France (voir l’article sur Slate.fr). Avantage : le service est complètement gratuit pour les prestataires, l’interface très légère et agréable à utiliser. Les projets sont déposés pour une date limitée pendant laquelle les créatifs rendent leur travail ainsi que leurs explications, le vainqueur est choisi par le client. L’argent est collecté par Creads au dépôt du projet (tarifs visibles sur le site en cliquant sur « Devis/Commande » depuis l’écran d’accueil), en revanche impossible de savoir combien sont payés les créatifs.

>> Note (du point de vue prestataire) 14,5/20

  • Recherche par mot-clé : Non
  • Tarifs : 8/10
  • Convivialité/souplesse/langue interface : 7/10
  • Richesse des offres : 10/10
  • Richesse du profil : 4/10

 

2 – https://www.hopwork.com

Hopwork base son image sur la proximité humaine et géographique

Hopwork base son image sur la proximité humaine et géographique.


Hopwork
présente une interface très conviviale, basée sur la proximité géographique. On ne postule pas à un projet, c’est le commanditaire qui choisit le prestataire selon le profil. C’est plutôt un catalogue de talents dans lequel le donneur d’ordre va choisir la personne avec qui il souhaite travailler. À mon sens et après plusieurs essais, Hopwork est la plus chaleureuse des plateformes. Elle met vraiment en avant le côté créatif et indépendant. Leur commission est de 10% sur le devis fourni et accepté, c’est difficile à trouver mais on le retrouve ici.

>> Note : 14/20

  • Recherche par mot-clé : Non
  • Tarifs : 10/10
  • Convivialité/souplesse/langue interface : 9/10
  • Richesse des offres : 0/10
  • Richesse du profil : 9/10

 

3 – https://www.freelancer.com

À vos marques, prêts ? Oups, où sont les offres ?

À vos marques, prêts ? Freelancez !

Présent sur 5 continents et 41 pays, Freelancer se définit comme la plus grosse plateforme mondiale avec plus de 6 millions de projets et plus de 11 millions d’utilisateurs. Interface au bout du compte très complète mais peu conviviale. Le tableau de bord et la navigation comprennent trop d’informations et sont peu lisibles.

Comment se rémunèrent-ils ? Entre 3% pour un abonnement de 150€ par mois et 10% pour un abonnement gratuit, avec un minimum de 4€ par devis accepté (retrouvez les frais ici). La localisation du site a ses limites : les prix sont mentionnés en dollars.

>> Note : 11,5/20

  • Recherche par mot-clé : Non
  • Tarifs : 4/10
  • Convivialité/souplesse/langue interface : 2/10
  • Richesse des offres : 9/10
  • Richesse du profil : 8/10

 

4 – http://www.twago.fr/

Twago et son design aventureux à la limite du punk.

Twago et son design aventureux à la limite du punk.

C’est la version française de la célèbre plateforme en vogue dans les derniers mois et qui vient de Berlin (remarquable au design peu téméraire), en freemium avec frais décroissants et octroi de services en plus en fonction de l’abonnement. Twago est présent en France, UK, Italie, Espagne et Allemagne. Avec plus de 25 000 offres pour tous budgets, le premier abonnement démarre à 29€/mois. Les projets postés par les donneurs d’ordre sont valables un mois, et envoyer un devis vous coûte des crédits que vous obtenez en détaillant votre profil, en recevant de bons avis clients ou contre vos abonnements. La grille tarifaire est disponible ici.

>> Note : 12/20

  • Recherche par mot-clé : Oui
  • Tarifs : 5/10
  • Convivialité/souplesse/langue interface : 6/10
  • Richesse des offres : 7/10
  • Richesse du profil : 6/10

 

5 – http://www.odesk.com

Allô oDesk, y a quelqu'un ?

Allô oDesk, y a quelqu’un ?

Depuis 2013, odesk a fusionné avec Elance mais les deux plateformes existent encore séparément. Seulement disponible en anglais, inscription gratuite avec un niveau payant. Les frais se montent à 10% de la facturation (contre 8,75% pour Elance) et les paiements sont collectés par la plateforme. Dans le cas des copywriters français ou francophones, l’intérêt est de trouver des projets internationaux qui cherchent à s’ouvrir en France, Belgique, Suisse ou au Québec.

Après 3 mois d’inscription, j’ai dû envoyer deux devis pour deux projets en tout, pour lesquels je n’ai jamais eu de réponse ni aucun signe de vie des commanditaires. Ils proposent également la palette de modes de paiements la plus étendue, du virement jusqu’à Paypal. Le site est exclusivement en anglais mais regorge d’offres en français (tapez simplement « french » dans le moteur de recherche interne et écarquillez les yeux).

>> Note : 12,5/20

  • Recherche par mot-clé : Oui
  • Tarifs : 6/10
  • Convivialité/souplesse/langue interface : 4/10
  • Richesse des offres : 7/10
  • Richesse du profil : 8/10

 

6 – http://www.motamot.com

Malgré son design passéiste, Motamot est une plateforme très professionnelle.

Malgré son design passéiste, Motamot est une plateforme très professionnelle.


Motamot
, c’est un design sorti tout droit des années 90 mais des offres assez régulières (une douzaine par semaine), surtout axées sur la formation, par exemple en langues (ex: Formateurs en allemand) ou dans les domaines techniques (serveurs, etc.) et aussi dans les secteurs économiques classiques (banque, industrie). Le hic : pour s’inscrire il faut avoir un SIRET/SIREN, donc non ouvert aux français expatriés.

C'est au moment d'entrer le SIREN que sonne l'alarme.

C’est au moment d’entrer le SIREN que sonne l’alarme.

L’inscription et l’utilisation de l’outil sont entièrement gratuites, ils ne se rémunèrent que sur leurs bannières.

>> Note : 14/20

  • Recherche par mot-clé : ?
  • Tarifs : 10/10
  • Convivialité/souplesse/langue interface : 6/10
  • Richesse des offres : 7/10
  • Richesse du profil : 5/10

 

7 – http://www.humaneos.com/

Humaneos, pour les hipsters canadiens.

Humaneos, la formule québécoise.

Dès la page d’accueil d’Humaneos, on est dans l’ambiance du créa hipster : grands visuels, appareil photo vintage, montre à bracelet de cuir usé et attirail complet de l’accro de la firme à la pomme. Tout va bien, on peut s’inscrire depuis l’étranger. Humaneos vous permet de gérer un profil très complet avec photo, portfolio, horaires, tarifs et un résumé. Pour chaque compétence, vous choisissez le nombre d’années d’expérience. C’est la plateforme avec le profil le plus complet. Le hic : 35 offres tous secteurs confondus au moment du test et les compétences sont en anglais. Ils sont basés au Québec. L’inscription est gratuite et Humaneos prend 10% de commission sur les projets, voir ici.

>> Note : 12,5/20

  • Recherche par mot-clé : Oui
  • Tarifs : 7/10
  • Convivialité/souplesse/langue interface : 6/10
  • Richesse des offres : 3/10
  • Richesse du profil : 9/10

 

8 – http://aego.fr

Aego ou le facebook du freelance... ou son myspace ?

Aego, le facebook du freelance… ou son myspace ?


Aego
a l’air d’emblée très pro, on peut s’inscrire depuis l’étranger et on a la possibilité de filtrer les annonces, même de différencier rédaction et traduction. Problème : une offre tous les 3 mois (actuellement 2 offres en ligne le jour de la publication de l’article, NDR). L’interface est un peu simpliste, peu lisible et impersonnelle mais efficace. L’inscription est gratuite, le mail de confirmation met un peu de temps à venir, et il est compliqué de mettre un numéro de téléphone à l’étranger. De plus, la photo doit respecter un certain format, donc finalement assez contraignant à l’utilisation. Ils se rémunèrent sur les « packs missions » que peuvent choisir les donneurs d’ordre, voir ici.

>> Note : 11,5/20

  • Recherche par mot-clé : Non
  • Tarifs : 10/10
  • Convivialité/souplesse/langue interface : 6/10
  • Richesse des offres : 1/10
  • Richesse du profil : 5/10

 

9 – http://www.trouvemoiunfreelance.com

Trouvemoiunfreelance ou plutôt Trouvemoiuneoffre

Trouvemoiunfreelance pourrait s’appeler Trouvemoiuneoffre

Un nouveau venu dans le paysage des bourses de Freelance, avec un design sympa et une police de titre des plus aventureuses. Cependant, pour accéder aux offres il vous faudra être inscrit avec un compte. De plus, il faut habiter en France. Pour postuler à une offre, il faut débourser environ 14,5€ (avec l’achat minimum de 2 crédits de 29€).

On hésite à appeler Cetelem avant d'acheter des crédits.

On hésite à appeler Cetelem avant d’acheter des crédits.

L’investissement pourrait valoir le coup – et là c’est le drame – s’il y avait au moins quelques offres dans le domaine de la rédaction. Or, c’est le désert de Gobi.

>> Note : 5,5/20

  • Recherche par mot-clé : Non
  • Tarifs : 2/10
  • Convivialité/souplesse/langue interface : 5/10
  • Richesse des offres : 0/10
  • Richesse du profil : 4/10

 

10 – Codeur.com et redacteur.com

Codeur.com regorge de spécialistes.. dans tous les domaines.

Codeur.com regorge de spécialistes… dans tous les domaines.


Codeur
, c’est Leboncoin du freelance, le Carrefour de l’auto-entrepreneur, enfin c’est surtout le marché d’Aligre du bon à tout faire. À tout seigneur, tout honneur : le site présente de nombreux points positifs : une interface claire et fraîche sans être plan-plan, un profil suffisant sans en faire trop, et un abonnement basique de 29€ par mois (payable par PayPal, résiliable et reconductible à tout moment selon vos finances) qui permet de répondre à 80 offres maximum par mois, soit près de 4 offres par jour ouvré.

Dans la foulée, codeur.com a ouvert la plateforme redacteur.com qui accepte les préinscriptions (Au moment du test, NDR). C’est ensuite que ça se gâte : sur leur page d’aide, on peut lire :

Sur Redacteur.com, nous souhaitons que nos membres soient les mieux rémunérés possible. C’est pourquoi en tant que rédacteur ou rédactrice freelance, vous serez rémunéré(e) 70% des sommes payées par les clients (hors options de visibilité).

On se dit : « Tout un programme, enfin quelqu’un qui respecte les rédacteurs ! ». En cherchant un peu plus, on découvre 7 offres visibles, au maximum à 1 centime du mot. Faisons un calcul rapide : pour une tâche à 30€ de l’heure (déjà bon marché pour un rédacteur en freelance), ça revient à rédiger 3 000 mots. À ce tarif, je devrais donc toucher pour un article de blog de la taille de celui que vous lisez un peu moins de 17€. Or j’y ai passé près de 8 heures (en comptant les recherches), ce qui revient à un tarif de 2,15€ de l’heure. Vous avez bien lu.

Donc, plusieurs idées – pas si saugrenues – viennent à l’esprit :

  • Soit on considère que c’est de l’esclavagisme pur et simple ;
  • Soit on comprend que cette plateforme est faite pour des gens qui ne vivent pas en Europe (impossible d’assurer un niveau de vie – même minimum – à ce tarif) ;
  • Soit pour des rentiers (mais j’en connais peu qui soient d’éminents copywriters) ;
  • Soit pour de dangereux philanthropes à la limite de la psychopathie.

Attendons voir ce que l’avenir dira ; mon expérience de 2 mois sur codeur, avec production d’offres de qualité professionnelle, justification des prix par notre expérience et les tables de la loi, un argumentaire en béton armé et mon plus beau sourire m’ont permis de décrocher ZÉRO contrat : ils partent tous au moins offrant. J’ai eu plus de chances sur redacteur.com, avec une offre acceptée. Un autre hic : le système part du principe que le freelance est disponible tout de suite, aucune distinction n’est faite entre le temps de travail (2 jours effectifs mentionnés sur le site) et le délai de livraison. Ce qui donne lieu à l’envoi d’e-mails de rappel sympathiques comme celui-ci :

En plus d'un paiement royal, rédacteur.com sait vous mettre en confiance.

En plus d’un paiement royal, rédacteur.com sait mettre le freelance en confiance.

La démarche n’est rentable que si vous êtes une structure moyenne (type agence en phase d’acquisition de clients) et que vous pouvez vous permettre de dédier une personne complète à mi-temps pour suivre vos offres.

>> Note : 15/20

  • Recherche par mot-clé : Oui
  • Tarifs : 6/10
  • Convivialité/souplesse/langue interface : 7/10
  • Richesse des offres : 9/10
  • Richesse du profil : 8/10

Conclusion : à chaque structure sa plateforme

J’ai testé les plus importantes et les plus internationales. J’ai fait, par exemple, l’impasse sur des sites comme http://freelance.enligne-fr.com, dont le look simpliste et les photos de banques d’images allongées rebuteraient une première communiante, ou comme freelance.com qui ne propose aucune mission en rédaction et dont l’interface a dû être pensée par des ingénieurs pour des gens qui n’auraient de toute façon pas envie de s’en servir, et sur kiwipresta.com qui a disparu corps et biens de la surface du web à peine avais-je créé mon profil.

Voici ce qu’on peut retenir :

#1 – Sur les bourses de freelance, il y a beaucoup d’appelés et peu d’élus. Les donneurs d’ordre le savent et en jouent. Ce déséquilibre provoque une guerre des prix, non sans rappeler la situation évoquée par Anne et Marine Rambach dans leur ouvrage Les intellos précaires*.

#2 – La plupart du temps, il faut bien chercher pour voir quels sont les tarifs des places de marché (pour les prestataires comme pour les freelances). Il y a trois types : les gratuits, les abonnements freemium et les achats de crédits.

#3 – Les donneurs d’ordre cherchent un prix, c’est tout. Durant la période de test, je me suis très souvent retrouvé à négocier des tarifs sans encore rien savoir du projet ni des contreparties, soit négocier sur du vent pour obtenir les prix les moins chers.

#4 – Sur les places de marché pour freelances, les prestataires ont une légère tendance à être spécialistes… de tout. Je me suis aussi souvent retrouvé en concurrence avec des spécialistes tous azimuts qui cassent les prix et travaillent à un taux auquel personne ne peut payer le moindre loyer.

Quand on découvre le barème de paiement moyen sur les plateformes.

Quand vous découvrez l’obole moyenne des rédacteurs sur les plateformes.

Moralité : c’est bien d’y être présent, l’intérêt premier est certainement de s’y faire connaître. Cependant, si on veut vraiment signer des contrats et faire de belles ventes, mieux vaut chercher ailleurs : salons professionnels, ou encore acquisition téléphonique dite « froide ». Si une personne dédiée ne s’occupe pas au moins à mi-temps de répondre aux offres et de gérer la communication, rien ne peut justifier le prix payé par les donneurs d’ordre et seuls les prestataires basés dans des pays où la vie est moins chère – et je ne parle pas de Conforama – peuvent s’en sortir.

Le(s) grand(s) vainqueur(s)

En tant que copywriter, voici les plateformes que je peux conseiller :

#1 – Codeur, pour sa richesse d’offres ;

#2 – Hopwork, pour son ergonomie et son fonctionnement qui collent à la mentalité freelance ;

#3 – Motamot, pour son côté très sérieux et professionnel ;

#4 – Creads, pour le côté créatif et risque-tout.

Il est bien évident que ces choix ne reflètent que mon expérience sur le sujet, chacun saura développer le cas échéant un lien avec l’une ou l’autre des plateformes citées, en toute subjectivité. L’important est certes de s’approprier l’outil, cependant il est bon de se demander si tout cela est – au bout du compte – du temps bien investi.

Et vous, quelle est votre expérience sur les plateformes pour freelances ?

M.T.


* Les intellos précaires, d’Anne et Marine Rambach, 256 p., Fayard, 2001.