En-dessous de toutes les truies.

Les expressions idiomatiques donnent de la couleur aux langues et font souvent la part belle aux animaux, en particulier à l’oral et ce dans tous les registres de langage. Ainsi, si en France de nombreuses expressions mettent en scène la vache ou le bœuf, il semblerait que la truie soit, pour nos voisins allemands, non pas la reine de la nuit mais celle de la langue. Exemples.

Expressions du langage soutenu

En français comme en allemand, les animaux se taillent la part du lion (!) dans les expressions de tous les registres de langage. À commencer par le langage soutenu, si en français le célèbre et si éloquent peigner la girafe, au double-sens olé-olé assumé et qui signifie faire quelque chose de long et d’inutile, pourrait se traduire en allemand par « Die Eulen nach Athen tragen », soit apporter les chouettes à Athènes (ou les hiboux). Pourquoi ? Parce qu’Athènes regorgeait de statues de chouettes, symbole de sa déesse protectrice Athéna.

Nos amis allemands seraient-ils heureux de « Travailler pour le roi de Prusse » (i.e. pour rien, pour des nèfles) ? Peut-être, mais pas gratuitement. Le travail peu ou pas rémunéré n’est pas réservé au monarque de la maison Hohenzollern mais bien au chat (« Für die Katz arbeiten »).

Expression du langage courant

Il semblerait que les animaux n’aient pas la même perception du froid selon que l’on se trouve en France ou en Allemagne. En France, le froid mordant sera qualifié de froid de canard quand outre-Rhin on parlera de « Hundekälte », un froid de chien – ou de « saukälte » (un froid de truie, on y arrive !) ou encore « schweinekalt » (un froid de cochon).

Et si vous vous faites poser un lapin dans l’Hexagone, en Autriche il s’agira de lui donner non pas un chèque de pluie (« raincheck » comme aux USA) mais… un panier (« jemanden ein Korb geben ») !

Expressions familières

Enfin, c’est dans les expressions familières que l’on remarque l’attrait de la langue allemande pour le fameux suidé. En effet, comment mieux exprimer que quelque chose ou quelqu’un est en-dessous de tout ? En affirmant que c’est « unter alle Sau » – littéralement en-dessous de toutes les truies.

Qui a dit que les allemands ne savaient pas se lâcher ? Après avoir vécu plus de dix ans dans leur pays, je suis convaincu du contraire. Cependant, pour se lâcher, ils laissent divaguer un animal bien particulier… la truie, bien sûr. Laisser sortir la truie, traduction littérale de « die Sau rauslassen », signifie « se lâcher ».

De notre côté, c’est plutôt la vache qui est mise à l’honneur dans certaines expressions telles que « pleuvoir comme vache qui pisse », « le plancher des vaches », « mettre la charrue avant les bœufs », « un vent à décorner les bœufs » sans oublier le célèbre « La vache ! », qui cristallise la surprise comme l’admiration. Et qui fera toujours rire nos voisins allemands.

À bientôt,

M.T.