En quoi le jeu vidéo rassemble la France et l’Allemagne

Le jeu vidéo (voir notre article précédent) devient un marché de premier plan en France comme en Allemagne. L’engouement pour le secteur est tel que l’ambassade de France en Allemagne a accueilli la première rencontre entre les deux pays sur le sujet le 22 avril 2015, Franco-German Game Initiative, co-organisée par l’agence peacefulfish dans le cadre de la International Games Week Berlin. Une première prise de contact entre entreprises françaises et investisseurs outre-Rhin. En quoi ces deux marchés sont-ils complémentaires ? Quels sont leurs atouts et leurs points faibles ?

Les marchés allemand et français sont complémentaires

En France, le secteur du jeu vidéo rassemble 300 entreprises (dont 160 en Île-de-France) pour 5 000 emplois directs et 10 000 indirects. Le secteur génère 2,9 milliards d’euros de revenus. Un Français sur deux joue en ligne, depuis son ordinateur de bureau (90%), son smartphone (60%), son téléviseur ou console (71,5%) ou encore tablettes et mini-consoles (près de 40%) – voir figure 1. On rencontre même de plus en plus de joueurs seniors.

1 – Habitudes de jeu comparées France/Allemagne (source newzoo.com)

1 – Habitudes de jeu comparées France/Allemagne (source newzoo.com)

 

En Allemagne, le secteur représente 320 entreprises avec un peu plus de 10 000 employés qui génèrent 1,8 milliard d’euro. On note la présence d’acteurs internationaux de premier plan tels que Big Point, Gameforg ou Wooga – quand en France seul Ubisoft se détache du lot. Enfin, quand les joueurs de l’hexagone dépensent au total un peu moins de 100 millions d’euros, les joueurs allemands dépensent près de 135 millions d’euros – soit 35% de plus.

2 – Budget total dépensé par les joueurs (source newzoo.com)

2 – Budget total dépensé par les joueurs (source newzoo.com)

 

S’agit-il de l’éternel combat du pot de terre contre le pot de fer entre la France et l’Allemagne ? Comme je le mentionnais dans cet autre article, le développement des entreprises en France, pourtant innovantes, a du mal à passer le cap de l’artisanat – quand en Allemagne, les entrepreneurs trouvent des fonds sans problème pour passer à la vitesse supérieure. Ainsi, plusieurs gros studios de développement de jeu vidéo (cités plus haut) jouent dans la même cour que les géants américains du secteur, quand en France seul Ubisoft arrive à ce niveau.

Enrayer la fuite des cerveaux de la créativité française

L’internationalisation est certes une belle récompense pour une entreprise et une preuve de la réussite du secteur : le français Ubisoft, ténor de l’Hexagone, a ouvert un bureau au Canada et recrute ses créatifs sur place. De nombreux talents sont formés en métropole, et beaucoup d’entre eux partent à l’étranger pour ne plus revenir. Des établissements comme l’École des Gobelins, ou encore l’ENJMIN à Angoulême devraient permettre d’enrayer cette fuite.

Pour attirer les entreprises du secteur, l’État aide les incubateurs et les accélérateurs – et compte aussi sur ses 6 associations régionales. Un incubateur d’entreprises innovantes verra bientôt le jour sur le boulevard MacDonald (à ce sujet, lire cet article) dans la capitale. Cependant, les pouvoirs publics considèrent le secteur du jeu vidéo comme un secteur-clé pour l’économie vivier d’emplois en France. Selon Axelle Lemaire, « la collaboration entre les pays est la clef du succès, si on mise sur une harmonisation du marché » . Elle suggère l’idée d’une « consultation nationale » sur l’avenir du jeu vidéo en France. Pour consolider le secteur du jeu vidéo en Europe, le conseiller de Paris Jean-Louis Missika souhaite, quant à lui, un « Erasmus de start-ups« . Mais quid de la relation entre la France et l’Allemagne ?

La décentralisation allemande accompagne le développement

En Allemagne, l’aide publique au développement est gérée directement par les Länder (équivalent des régions en France). Autonomes, leurs prérogatives sont étendues, de l’éducation jusqu’à l’aide au développement économique. Non seulement les Länder investissent mais ils prennent en charge une partie du risque – ce qui nécessite des conseillers avec des compétences plus poussées qu’un simple guichet.

En France, la forte centralisation favorise le développement des entreprises dans la capitale au détriment de la Province. De plus, les enveloppes allouées à l’aide économique sont assujetties à une dimension culturelle que doivent inclure les jeux vidéo – réduisant d’autant le spectre des candidats potentiels.

Cette rencontre entre la France et l’Allemagne fut une première main tendue entre deux pays dont les dynamiques sont complémentaires : la créativité de la France et l’industrie de l’Allemagne. Devant la difficulté de trouver des aides publiques pour des raisons de complexité administrative, les entrepreneurs recherchent des investisseurs privés.

Espérons que cette voie portera ses fruits, pour que l’Europe d’aujourd’hui berce déjà les champions du secteur de demain.

M.T.

– – –
Note :
Parmi les entrepreneurs présents à l’ambassade ce jour, on note la présence de Jérôme Feys, fondateur du simulateur de course de vélo couplé au fitness Vescape, ainsi que d’Oswald Bernard qui présentait Vinoga, un jeu en ligne pour découvrir l’univers du vin.

Pour en savoir plus :
Infographie The german games market
Infographie The french games market